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L'autre jour, j'ai refait le monde
avec mon amie Margarita, femme formidable d'une rare intelligence, d'une
générosité indéfinissable et qui a une grande affection pour la guarderia,
partagée par bon nombre de membres de sa famille, organisée en réseau afin d'aider
les p'tits bouts de GPP. Bref, nous refaisions le monde ensemble, et elle tentait
d'éclairer ma lanterne sur les événements étranges qui défraient la chronique
tegucigalpienne du moment. La situation mondiale est ce qu'elle est, et il est inutile
de revenir sur cette crise aux dimensions et aux conséquences qui dépassent l'entendement
des petits bouts de connexions neuronales constituant les cerveaux des péquins
que nous sommes tous. Mais ici aussi au Honduras, le peuple en a marre. Une
corruption qui gangrène toutes les couches sociales du pays, une flambée des
prix dont les conséquences sont bien plus désastreuses que dans l'hexagone, et
surtout, surtout, une peur, que dis-je, une terreur qui règne comme une chape
de plomb et fait que tout le monde se tait, se désespère en un silence soumis. (De
toute façon, c'est bien simple, si un téméraire un peu dangereux pour certaines
instances en place ose un jour ouvrir sa bouche pour dénoncer crimes et autres
aberrations politiques par exemple, la sentence est simple et sans appel :
pan. Demain tu te retrouves entre quatre planches. ) Mais, mais, mais.
Le réveil des consciences commence à se répandre comme une trainée
de poudre. Et un petit groupe de « fiscales » dénoncent la
corruption, font paraitre une liste de grosses huiles corrompues jusqu'à la
racine des cheveux, preuves à l'appui en plus ! Révolution dans les
chaumières, dans les instances politiques et entrepreneuriales du pays, scandale !!
32 jours de grève de la faim pour tenter de lancer à la face du monde cette gangrène
qui asphyxie ce petit pays. Un grain de sable dans les rouages d'une machine
pourtant bien graissée (de la patte...).
Lueur d'espoir pour certains qui osent alors se joindre à ce
mouvement, ça se réveille ! A voir si le Honduras est en train de vivre
son mai 68, mais ce mouvement que bon nombre de détracteurs tentent d'étouffer
donne de l'espoir quant à l'avenir du monde. Si ici aussi ça bouge, au péril de
la vie de beaucoup, la contamination « rebelle » va bientôt être incontrôlable
par ceux qu'elle dérange.
Mais cette introduction certes longue
n'était là que pour en venir à l'objet sémantique de cet article. Un bon paquet
de honduriens ne portent pas les nord-américains dans leur cœur (et
paradoxalement font tout pour leur ressembler...) Et encore moins depuis que le
gouvernement Bush a sonné l'heure de l'expulsion de milliers de sans-papiers honduriens.
Margarita m'expliquait qu'actuellement, atterrissent chaque jour des avions
remplis de renvoyés au pays, ce qu'elle appelle dans un langage fort et
éloquent à mon oreille, une « campagne de déportation ». Presque
chaque famille hondurienne a au moins un membre qui s'est exilé aux states afin
d'y trouver ce qu'il imagine un eldorado pour subvenir aux besoins de sa
famille restée au pays. Ça en fait du monde à « déporter ». Et pas
dans les meilleures conditions vous imaginez bien....
Elle en est donc venue à éclairer ma lanterne sur le terme « gringo »,
terme péjoratif utilisé par les latinos pour qualifier les nord-américains (et
étendu du coup à tous les porteurs de peau blanche... mais c'est drôle, quand ils
apprennent que tu n'es pas « estadiounense », te disent « ah ben
non, t'es pas gringa », et tu remontes dans leurs faveurs...)
Ce terme viendrait donc du Mexique, lors de je ne sais plus
quelle guerre, où les militaires US affluaient. Les Mexicains, dès qu'ils
voyaient un uniforme vert de la
US Army, leur balançaient pas très tendrement un « Eh !
Green ! Go ! » Et hop, transformation linguistique, le « green,
go (home) » s'est peu à peu étendu à toute l'Amérique latine en « gringo ».
Eh bien je me suis endormie moins bête. Mais avec une drôle
de sensation suite à ces heures de discussion avec elle. Ce que chacun de nous,
les petits péquins comme je disais un peu plus haut, vit en ces temps troublés,
se vit évidemment à une échelle mondiale. Chaque petit péquin subit une
recrudescence de mesures plus tueuses d'humanité les unes que les autres, dans
l'ombre (ou pas) transpirent des idées et des actions « rebelles », « révolutionnaires »,
« désobéissantes », suffit de lire les coups de gueules qui
affluent dans la blogosphère gôchisse (et pas que...) pour en prendre la
température. On m'a même fait la remarque ici : « Ah ? T'es
française ? La France !
Le pays de la révolution ! »
Un sentiment de malaise, mêlé à un sentiment d'urgence, et à
un espoir de véritable changement. Ce malaise que vous vivez en France se vit
absolument partout. Ça gronde, ça gronde, et ici, le « green go »
recommence à prendre tout son sens. Les murs se parent de slogans limites
angoissants dont le « yankees go back » n'en est que le plus soft.
Que je me sens petite, toute petite, mais tellement en vie,
et tellement pas seule !!!
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