Existe ici
une habitude, une manie, un tic absolument exécrable (à mon simple sens hein...)
qu'ont pris les hommes. Un truc qui au début me faisait rire, puis ne me
faisait plus ni chaud ni froid, mais qui maintenant a le véritable don de m'énerver.
Je ne sais comment traduire, mais ici on dit « tirar un piropo ». Exercice
pratique : pincez très fortement vos lèvres en « O ». Inspirez l'air.
Ça fait du bruit non ? Le genre de petit bruit qu'on ferait pour attirer
un petit chat par chez nous. Ici, c'est pareil, ils tentent d'attirer le minou.
(rhoooo...)
Sauf que
cette stridulation, elle dure. Elle est accentuée. Et elle est particulièrement
désagréable lorsqu'elle vous est faite droit dans l'oreille par un mec, un
homme, un vieux, un môme qui vous croise dans la rue. Et encore plus
désagréable et crispante quand elle est accompagnée d'un : « mmmh,
preciosa, hermosa », ou d'un « Ay mi amor... » Ou autres petits
noms qui en soi et au demeurant pourraient être charmants, mais qui pour moi
sont devenus synonymes d'un état aux antipodes de la détente, et surtout la
panacée du machisme vulgaire.
Pas moyen de
faire 20m sans qu'un représentant de la gent masculine (j'ai même pas envie de
dire un homme pour ne pas être insultante face aux « hommes ») te
mate droit dans les yeux avec un regard qui se veut à te faire fondre mais qui
a tendance à me rendre encore plus froide que le cercle polaire, et te fasse le
coup du « tirar de piropo » ou du « ay mi amor.... »
aaaaaargh. J'vous jure, c'est vraiment pesant, et le comble de l'irrespect et
du vulgaire. Beuark.
J'ai bien
essayé de prendre quelques kilos (et d'ailleurs j'ai particulièrement bien
réussi, à mon grand dam...) histoire de me fondre dans le moule et de ne plus
attirer autant ce reluquage. Tu parles, peine perdue. Autant tenter de planquer
une brebis noire au milieu d'un troupeau de brebis blanches. Le lainage
différent attire forcément l'œil, tu m'suis ?
Bref, c'est
devenu trèèèèèèès irritant ce petit jeu, c'est comme si, en France, tous les
20m, vous mesdames étiez sans cesse interrompues sur votre trajet par un gus
qui passe à côté de vous, s'approche très (trop) près de vous et vous dit d'un
air qui se veut glamour : « ouaaaaah, t'es trop booooonne »...
Alors voilà,
c'est peut-être (et même certainement) complètement puéril de ma part, mais y'a
des fois, je n'arrive plus à fermer les écoutilles et faire comme si de rien n'était.
Ma technique ? Me planter devant le gars (et c'est d'autant plus drôle
quand le spécimen en question faisait le malin devant ses copains) et me mettre
un doigt dans la bouche genre « euark, j'vais vomir », ou alors lui
sortir un « eeeeeeeeeeerk » suffisamment ostentatoire pour lui
montrer que je ne me sens pas, mais alors pas du tout flattée. Ça ne fait pas
avancer le schmilblick, je le concède bien vigoureusement, mais ça a au moins
le mérite de me soulager, et de me mettre le sourire lorsque suivent leurs
mines dépitées, parce que ce n'est pas tous les jours qu'ils se retrouvent confrontés
à ce genre de rétorsion.
Marre d'être
considérée, comme bon nombre de femmes ici, comme un simple objet. Et ce n'est
pas mon côté chienne de garde qui se réveille, loin de là. Mais dans ce pays au
machisme ultra-développé, il y a des fois où je languis l'espèce de
savoir-vivre à la française, ou en tout cas une certaine forme de
gentlemanisme. Si si, j'vous assure, j'ai un autre regard de l'homme français
depuis le temps que je côtoie l'homme hondurien...
C'est fou,
on ne parle, dans l'actualité internationale, du Honduras que lorsque ce petit
pays subit des catastrophes. Après l'ouragan Felix, voici venu le temps du
crash de l'airbus sorti spectaculairement de la piste. (et pour avoir vécu l'expérience
de l'atterrissage sur l'une des plus petites pistes du monde, dans l'un des
aéroports les plus dangereux de la planète, je peux confirmer que ça fait flipper...) Je
ne vais pas revenir sur le sujet, les journaux en ont suffisamment parlé, et je
ne suis pas là pour faire dans le sensationnel. Seulement, je déplore que le
Honduras ne soit connu dans le reste du monde qu'au travers des catastrophes
qui le traversent et viennent encore plus lui pourrir la vie qu'il ne l'a déjà
(la vie pourrie...)
Par ailleurs,
vu que ce seul aéroport de la capitale est désormais fermé aux avions de plus
de 42 places, je ne sais comment je vais faire pour quitter le pays à la fin du
mois.... à la nage ? Sinon, personne n'a une montgolfière? ça peut être sympa aussi, et puis moins fatigant qu'à la nage...
Dans cette expérience de volontariat, trois personnes ont plus particulièrement été importantes. Les p'tites nanas avec lesquelles j'ai partagé ma vie, travail et vie privée confondus. En effet, la particularité de mon quotidien, est que je vis sur mon lieu de travail, et ce, pas toute seule. A chaque fois, ce sont deux nanas, jeunes du Ranch (donc « orphelines » prises en charge par NPH depuis leur plus tendre enfance bien souvent), bachillerato, año familiar, et la grande nouveauté, « volontaire ».
Jusqu'au mois de janvier, ce fut Esmeralda qui étudie actuellement l'équivalent du Bac, qui fit partie de mon quotidien. Chouette minette de 18ans pour qui j'ai une profonde affection, puisqu'elle est devenue au fil des mois un mélange de « tite sœur » et même de « fille ». Sacré personnage qui sort de l'ordinaire dans le milieu hondurien : pas la langue dans sa poche, un caractère de cochon mais un sacré humour, et une ouverture d'esprit et une maturité impressionnantes pour une minette de son âge. On s'en sera tapé des fous rires !
Les deux autres, qui partagent donc ma vie depuis janvier, sont Daisy et Yeni. 23ans chacune, et là aussi, de sacrés caractères. Beaucoup de joie en elles, et il m'est très agréable, malgré toutes les contraintes et les bizarreries de cette vie 24 sur 24 avec elles, de partager points de vue, coups de gueule, rêves, ou de leur parler un peu du « monde »...
Grande expérience que cette cohabitation loin d'être facile tous les jours (travailler avec elles, tout en étant « responsable » d'elles, et vivre ensemble les temps hors boulot.) Super enrichissant d'un côté comme de l'autre, c'est ça aussi la coopération, le mélange interculturel.
Mais qu'il est dur de supporter Avril Lavigne ou RBD (le groupe pop-rock à la mode chez les midinettes) tous les jours à fond les manettes ! Mouarf !
Voilà, 3 minettes pures « catrachas » qui ont une grande importance à mon cœur. Hommage à elles qui me supportent au quotidien ! (et vice versa également !)
Gribouillé à 01:30 le 1 juin 2008 dans La Guarderia
Je vous ai
déjà fait l'éloge de la cucaracha, être pourtant issue de Dame Nature, mais
absolument répugnant, qui comme les rats a d'ailleurs survécu à Hiroshima. Beuark.
Il y en avait profusion dans la maison. On essaie de faire avec, tant bien que
mal.
Mais lorsque
la nuit tu te fais réveiller par la teuf dans le toit organisée par la gent
souris-esque, et que chaque matin tu retrouves les p'tites crottes de ces
bestiaux dans ta douche (ben oui, l'isolation n'est pas top, et y'a des gros
trous dans le plafond qui font que, loi de la gravité aidant, ça tombe... surtout
après toutes les teufs nocturnes...), alors tu te dis que vraiment, elle n'est
pas bien saine la maison, et qu'avec tous les petits bouts qui déambulent à 4
pattes chaque jour, mettant en plus tout ce qu'ils trouvent à la bouche, il
serait grand temps de faire quelque chose.
Radicalité ?
La fumigation. Ça consiste à faire venir deux ghostbusters qui projettent dans
chaque recoin de la maison le liquide de la mort. Evidemment, vous vous doutez
bien que ce n'est pas du 100% huiles essentielles biologiques...
Autant dire
que dans ces cas-là, tout ce qui est tissu ou autre, tu le protèges des p'tites
gouttes mortelles. Et tes poumons aussi par la même occasion.
Alors ça se
gère une entreprise comme ça. Faut tout empaqueter, hermétiquement, les
matelas, tu les sors, la bouffe et les ustensiles de cuisine aussi évidemment. Sacrée
organisation ! Donc ça, c'est phase 1, pour « l'avant ». Le « pendant »,
aussi appelé phase 2, est assez craspouille : les bestiaux sentent la mort
(et tes orifices nasaux sentent le produit, qui a tendance à te coller un de
ces maux de crâne !) courent dans tous les sens (ça grouille ! c'est
dégueu !) et tentent d'échapper à leur funeste destin. En vain.
Et puis, une
fois ceci fait, tu laisses le produit agir et tu te réfugies joyeusement chez
ton amie Blandine histoire de ne pas mourir précocement d'un cancer des
poumons.
Mais pour reprendre
une image de mon ami Paddy (encore une fois), tu deviendrais presque parano et
te demande si ne serait pas mis en place un complot mondial visant à te pourrir
la vie de petits détails ressemblant à des cailloux dans une chaussure. Parce
que bien évidemment, ce jour là, alors que tout est dehors, pour éviter l'aspersion
des gouttes mortelles (matelas, lits de bébé, peluches, jouets... tout quoi...), et
alors que bien qu'étant en pleine saison des pluies et qu'aucune goutte d'eau
ne soit tombée depuis des semaines, il a fallu que ce soit ce jour-là précisément
que M. Orage se décide à expulser ses trombes d'eau sur le sol de Tegucigalpa. Un
bizutage j'vous dis, un bizutage.
Mais après
phase 1 et 2, vient la réjouissante phase 3 : le ménage. Je vous passe les
détails, mais ce fut sportif. Et dans la série complot mondial : règne
dans ma salle de bains une affreuse odeur de rat mort. Une souris aurait-elle décidé
d'agoniser et de pourrir dans le faux plafond juste au dessus de la dite salle
de bains ? Je l'ai cru pendant deux jours, jusqu'à ce que je réalise que
le produit de la mort, ayant largement été vaporisé dans les placards de ma
salle de bains, cette odeur de rat mort était en fait la résultante de la
combinaison « bois teinté des placards » + « produit vénéneux ».
Alors chaque jour j'astique, histoire de faire partir cette horrible odeur
avant d'oser réentasser mes fringues qui pour le coup stagnent dans mes
valises, rangées telle une répétition générale avant un futur départ. (Bon, au moins, ce n'est pas une tite souris
qui a choisi pour tombe le faux plafond, ouf.)
N'empêche
que, pour la petite anecdote : si les cucarachas survécurent à un
Tchernobyl ou un Hiroshima, vous croyez sérieusement qu'elles agoniseront à ce
produit ? Certaines oui, certes, mais cela ne m'a pas empêchée d'alourdir
mon karma en écrasant deux énormes spécimens d'affilée deux jours après le
grand coup de vapo. Tout ça pour ça.
Un bizutage
à l'envers, si si, un bizutage à l'envers...
Ah la fête des mères... Je n'ai aucune
idée de la date en France, mais c'est bientôt non ? Ici aussi ça se fête,
comme d'ailleurs un sacré paquet d'autres événements. Les enfants ne vont pas
faire de colliers de pâtes, puisque d'ici la fin du mois de mai, les prix
auront follement augmenté (comme dans tout le reste du monde... ici non plus nous
ne sommes pas épargnés...) et que l'on a 80% de chance (90 ? 100 ?) de
subir des rationnements.
Mais
puisque c'est la fête des mères, (et que je pense bien évidemment à ma môman à
moi)j'ai envie d'évoquer ici, sans pour autant rentrer dans les détails,
quelques tranches de vie des mamans que l'on tente d'aider.
Rappelez-vous Ninfa, que j'ai évoquée
en tout début de ce blog, femme formidable à l'humeur toujours joviale, une
pêche d'enfer, une intelligence admirable, mais bien loin d'être gâtée par la
vie. .. Un frère handicapé, une maman très âgée et malade, un autre frère alcoolique,
deux enfants de 4 et 8ans, tous vivant ensemble, tous dépendants des efforts
quotidiens de ce petit bout de femme. Elle a de l'or dans ses mains, dans sa
tête (et dans son cœur aussi !) mais ne peut les exploiter par faute de
temps, de moyens surtout. Toute sa charge familiale, qu'elle assume avec
courage et bonheur, ne laisserait que peu de temps à n'importe qui sur cette
planète. Mais elle, qui s'oublie complètement, se consacre quasi entièrement à
sa famille, et trouve encore le temps d'étudier les week-ends pour obtenir un
diplôme qui pourra peut-être lui donner l'opportunité d'aller de l'avant...
‘'A.'', qui elle, avec ses 3 enfants
et ses 26 printemps, suit une formation d'aide-infirmière. Du matin 5h jusqu'au
soir, à l'école ou en hôpital pour sa pratique. Avant de prendre la décision de
quitter le père de ses enfants et de reprendre des études, elle était (presque)
l'esclave de sa belle-mère, puisque vivant avec toute sa petite smala chez
elle. Mais voilà, quel courage elle a eu de prendre cette décision bien rare au
Honduras, qui inexorablement la conduirait vers une extrême pauvreté. Car bien
sûr, cette formation qualifiante n'est pas rémunérée, et le père ne donne que
les ronds nécessaires pour faire manger les enfants. ‘'A.'' n'a rien, rien de
rien. Si ce n'est son énergie, son courage, la Vie qui afflue en elle, et une immense fierté qui
lui fait refuser le rab de riz que nous avons parfois. ‘'A.'' préfère se
coucher avec seulement un verre d'eau dans le ventre, plutôt que de dire
qu'elle a faim. Et ce, toujours avec le sourire. Je l'admire vraiment.
‘'Ad'', quant à elle, n'est pas une
maman comme les autres. Elle est avant tout grand-mère. Sa fille a abandonné
son petit il y a un peu plus d'un an, et cette grand-mère, que le petit appelle
« maman », se bat et se démène pour apporter une éducation à son
fils-petit-fils. Seule elle est, et sa plus grande peur est de mourir avant que
le minot ne soit en en capacité de voler de ses propres ailes. Car, qui s'en
occuperait ?...
Et les autres, toutes les autres...
Toutes, absolument toutes ont un
courage dont on peut aisément tirer leçon. Toutes ont ce quelque chose de
spécial que seuls la nécessité, la pauvreté, et le fait d'avoir un ou plusieurs
petits innocents à charge mettent en exergue.
L'une de ces mamans, quasiment tous les matins, tel un rituel, me répond,
lorsque je lui demande comment elle va : « Siguiendo la lucha ».
Eh oui, pour elles, la lutte continue, chaque jour est une véritable lutte. Se
battre pour la vie, se battre pour être en vie. Avec tellement peu d'espoir au
devant de soi, si ce n'est celui que l'enfant qu'elles ont porté durant neuf
mois au cœur d'elles-mêmes, aura, lui, une vie meilleure...
Humbles et admirables.
Hommage à ces mamans qui malgré tous leurs défauts ont la plus belle des
qualités : l'Amour gratuit et désintéressé.
Gribouillé à 18:20 le 12 mai 2008 dans La Guarderia
L'autre jour, j'ai refait le monde
avec mon amie Margarita, femme formidable d'une rare intelligence, d'une
générosité indéfinissable et qui a une grande affection pour la guarderia,
partagée par bon nombre de membres de sa famille, organisée en réseau afin d'aider
les p'tits bouts de GPP. Bref, nous refaisions le monde ensemble, et elle tentait
d'éclairer ma lanterne sur les événements étranges qui défraient la chronique
tegucigalpienne du moment. La situation mondiale est ce qu'elle est, et il est inutile
de revenir sur cette crise aux dimensions et aux conséquences qui dépassent l'entendement
des petits bouts de connexions neuronales constituant les cerveaux des péquins
que nous sommes tous. Mais ici aussi au Honduras, le peuple en a marre. Une
corruption qui gangrène toutes les couches sociales du pays, une flambée des
prix dont les conséquences sont bien plus désastreuses que dans l'hexagone, et
surtout, surtout, une peur, que dis-je, une terreur qui règne comme une chape
de plomb et fait que tout le monde se tait, se désespère en un silence soumis. (De
toute façon, c'est bien simple, si un téméraire un peu dangereux pour certaines
instances en place ose un jour ouvrir sa bouche pour dénoncer crimes et autres
aberrations politiques par exemple, la sentence est simple et sans appel :
pan. Demain tu te retrouves entre quatre planches. ) Mais, mais, mais.
Le réveil des consciences commence à se répandre comme une trainée
de poudre. Et un petit groupe de « fiscales » dénoncent la
corruption, font paraitre une liste de grosses huiles corrompues jusqu'à la
racine des cheveux, preuves à l'appui en plus ! Révolution dans les
chaumières, dans les instances politiques et entrepreneuriales du pays, scandale !!
32 jours de grève de la faim pour tenter de lancer à la face du monde cette gangrène
qui asphyxie ce petit pays. Un grain de sable dans les rouages d'une machine
pourtant bien graissée (de la patte...).
Lueur d'espoir pour certains qui osent alors se joindre à ce
mouvement, ça se réveille ! A voir si le Honduras est en train de vivre
son mai 68, mais ce mouvement que bon nombre de détracteurs tentent d'étouffer
donne de l'espoir quant à l'avenir du monde. Si ici aussi ça bouge, au péril de
la vie de beaucoup, la contamination « rebelle » va bientôt être incontrôlable
par ceux qu'elle dérange.
Mais cette introduction certes longue
n'était là que pour en venir à l'objet sémantique de cet article. Un bon paquet
de honduriens ne portent pas les nord-américains dans leur cœur (et
paradoxalement font tout pour leur ressembler...) Et encore moins depuis que le
gouvernement Bush a sonné l'heure de l'expulsion de milliers de sans-papiers honduriens.
Margarita m'expliquait qu'actuellement, atterrissent chaque jour des avions
remplis de renvoyés au pays, ce qu'elle appelle dans un langage fort et
éloquent à mon oreille, une « campagne de déportation ». Presque
chaque famille hondurienne a au moins un membre qui s'est exilé aux states afin
d'y trouver ce qu'il imagine un eldorado pour subvenir aux besoins de sa
famille restée au pays. Ça en fait du monde à « déporter ». Et pas
dans les meilleures conditions vous imaginez bien....
Elle en est donc venue à éclairer ma lanterne sur le terme « gringo »,
terme péjoratif utilisé par les latinos pour qualifier les nord-américains (et
étendu du coup à tous les porteurs de peau blanche... mais c'est drôle, quand ils
apprennent que tu n'es pas « estadiounense », te disent « ah ben
non, t'es pas gringa », et tu remontes dans leurs faveurs...)
Ce terme viendrait donc du Mexique, lors de je ne sais plus
quelle guerre, où les militaires US affluaient. Les Mexicains, dès qu'ils
voyaient un uniforme vert de la
US Army, leur balançaient pas très tendrement un « Eh !
Green ! Go ! » Et hop, transformation linguistique, le « green,
go (home) » s'est peu à peu étendu à toute l'Amérique latine en « gringo ».
Eh bien je me suis endormie moins bête. Mais avec une drôle
de sensation suite à ces heures de discussion avec elle. Ce que chacun de nous,
les petits péquins comme je disais un peu plus haut, vit en ces temps troublés,
se vit évidemment à une échelle mondiale. Chaque petit péquin subit une
recrudescence de mesures plus tueuses d'humanité les unes que les autres, dans
l'ombre (ou pas) transpirent des idées et des actions « rebelles », « révolutionnaires »,
« désobéissantes », suffit de lire les coups de gueules qui
affluent dans la blogosphère gôchisse (et pas que...) pour en prendre la
température. On m'a même fait la remarque ici : « Ah ? T'es
française ? La France !
Le pays de la révolution ! »
Un sentiment de malaise, mêlé à un sentiment d'urgence, et à
un espoir de véritable changement. Ce malaise que vous vivez en France se vit
absolument partout. Ça gronde, ça gronde, et ici, le « green go »
recommence à prendre tout son sens. Les murs se parent de slogans limites
angoissants dont le « yankees go back » n'en est que le plus soft.
Que je me sens petite, toute petite, mais tellement en vie,
et tellement pas seule !!!
30 balais. J'arrive à l'âge où l'on a déjà de quoi bien
regarder derrière soi. Ses erreurs, ses faiblesses, ses manquements, ses peurs.
Et puis, tout ce qui a été surmonté, toutes ces incroyables
aventures vécues qui pourraient remplir quelques tomes de bouquins, tous ces
éclats de rire... Un sacré paquet de souvenirs...
Des scènes qui reviennent en mémoire mais que l'on
souhaiterait effacer du disque dur.
D'autres que l'on voudrait voir se reproduire comme dans
« Un jour sans fin ».
Tous ces petits bouts de film qui font que l'on est soi
aujourd'hui.
Et puis, trente ans, c'est l'âge où
l'on commence à prendre conscience que le mot « vieillesse » va aussi
nous concerner. Age charnière où l'on souhaite vivre à fond dans le présent,
tout en ayant des attaques du passé et parfois des craintes d'un futur
tellement incertain. Les remises en question quasi incessantes vécues tout au
long de ces années nous sautent d'autant plus fortement à la tronche. (Ainsi
que quelques rides qui insidieusement s'installent. J'vous parle pas des
cheveux blancs, mais ceux-ci, ce n'est pas trop à la tronche qu'ils sautent...)
Ces poussées de sagesse qui se mêlent à une étrange
puérilité. Ce côté « vieux con » (vieille conne en l'occurrence) où
nous effleure parfois un « mais que sont mes 20 ans devenus ? ».
Je suis loin d'être vieille. Et même pas vieille de loin.
Mais je ne fais plus non plus partie des « d'jeuns »...
C'est spé, c'est vraiment spé, et ça brassouille du
ciboulot. (Pour changer...)
Fière d'être arrivée jusque là,
d'avoir vécue tout ça, mais en même temps, avec un soupçon d'angoisse dans la
petite voix qui dit : « Et maintenant ? ».
Et maintenant il n'est plus temps de perdre son temps.
C'est le moment des décisions intérieures. Avec forcément
répercussions sur l'extérieur.
Grand ménage des trente printemps.
Aujourd'hui est le premier jour du reste de ma vie.